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Le nouveau paysage mondial du soutien à l’agriculture

Le lancement des négociations agricoles de l’Uruguay Round sur le GATT, au milieu des années 1980, reposait sur un double constat : d’une part, les soutiens à l’agriculture étaient beaucoup plus élevés dans les pays développés que dans les pays en développement ; d’autre part, outre leur coût pour les finances publiques, ils étaient octroyés sous des formes (prix garantis, subventions aux intrants et autres dispositifs) qui déprimaient les prix mondiaux et faussaient la concurrence sur les marchés. Cependant, selon les indicateurs publiés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Banque mondiale (BM), la situation s’est sensiblement modifiée ces dernières décennies.

En effet, le niveau du soutien à l’agriculture a diminué sensiblement dans les pays à haut revenu tandis qu’il a crû fortement, depuis une vingtaine d’années, dans les pays émergents. Ce double phénomène a conduit à une convergence de l’Estimation du soutien aux producteurs (ESP), calculée d’après les statistiques de l’OCDE pour ces deux groupes de pays, à un niveau équivalent à environ 14 % des recettes des producteurs. De plus, suite notamment à l’Accord de Marrakech en 1994, l’intervention publique en agriculture dans les pays à haut revenu a pris des formes qui génèrent moins de distorsions de marché, comme le découplage des aides directes dans l’Union européenne et aux Etats-Unis, alors que, dans le même temps, certains pays émergents, dont l’Inde et la Chine, ont eu recours à des instruments de soutien susceptibles de perturber substantiellement le commerce mondial. Selon nos estimations, les soutiens censés générer le plus de distorsions des échanges représentaient, en 2010-12, 12 % de la valeur des recettes des producteurs dans les économies émergentes (hors Inde), contre 6 % dans les pays à haut revenu.

Certes, l’ESP ne reflète pas, ou pas complètement, l’impact de certaines mesures qui contribuent à accroître les revenus agricoles, comme l’obligation d’incorporation de biocarburants dans l’essence et le gazole. Mais la prise en compte des mesures en faveur des biocarburants ne change pas fondamentalement la tendance à la baisse du soutien à l’agriculture observée dans les pays à haut revenu depuis le milieu des années 1980.

Les pays les moins avancés continuent de se distinguer par la faiblesse de l’intervention publique. En 2003, les Etats africains se sont engagés à augmenter leur dépenses dans ce secteur, mais selon la Banque mondiale, le montant de l’aide à l’agriculture, sur ce continent, reste encore très en deçà de celui octroyé dans les pays émergents et les pays à haut revenu. Un accroissement du soutien à l’agriculture dans ces pays paraît indispensable pour favoriser les investissements dans ce secteur afin d’accroître la productivité des petites exploitations, renforcer la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté, compte tenu à la fois des effets potentiellement négatifs du changement climatique sur leur production agricole et de la libéralisation des échanges prévue notamment par les Accords de partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

La montée en puissance des pays émergents dans les échanges mondiaux de produits agricoles leur confère une responsabilité accrue dans les efforts de régulation des politiques agricoles à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le nouveau paysage mondial du soutien à l’agriculture a une dimension géopolitique, car la sécurité alimentaire conditionne la paix et la sécurité globales.

  • Type de ressource
  • Auteur Jean-Christophe Debar et Mathilde Douillet
  • Organisation
  • Année de publication2015
  • Région
  • LangueFrançais
  • Nombre de pages35
  • Titre de la série/IDDocument de travail
  • Numéro de la série7
  • Mots-clés

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